L’intelligence artificielle s’est installée très vite dans notre quotidien. Pour rédiger un mail, synthétiser un document, rechercher des informations, préparer un entretien… mais aussi pour choisir des études ou réfléchir à un métier.
Pour un jeune qui se pose des questions sur son orientation, la tentation est évidente : demander à une IA « Quel métier est fait pour moi ? » et attendre sa réponse.
L’outil peut être intéressant. Mais la vraie question est peut-être ailleurs : qu’est-ce que l’on peut utilement confier à l’intelligence artificielle, et qu’est-ce qui doit rester profondément humain ?
L’IA est déjà là, chez les étudiants comme dans le monde du travail
Le sujet n’est plus vraiment de savoir s’il faut être « pour » ou « contre » l’intelligence artificielle.
Elle est déjà utilisée.
Un rapport publié en 2025 par le ministère chargé de l’Enseignement supérieur montre que les étudiants comme les professionnels des établissements se sont largement emparés des outils d’IA, souvent de leur propre initiative et sans avoir nécessairement été formés à leur utilisation.
Le constat est intéressant : les usages progressent beaucoup plus vite que l’apprentissage des bons usages.
Et cela vaut largement au-delà de l’université.
Dans les entreprises et chez les indépendants que nous côtoyons au QG, l’IA entre progressivement dans les pratiques : recherche d’informations, rédaction, communication, analyse, organisation, automatisation de certaines tâches…
Elle peut réellement faire gagner du temps. Mais savoir poser une question à ChatGPT ou à un autre outil ne signifie pas nécessairement savoir bien utiliser une intelligence artificielle.
En orientation, l’IA peut ouvrir le champ des possibles
Sur ce point, le rapport consacré à l’IA dans l’enseignement supérieur ouvre une piste particulièrement intéressante.
Les auteurs considèrent que l’intelligence artificielle pourrait permettre aux jeunes d’accéder à une information plus large sur les formations et les parcours, de rapprocher différentes données et éventuellement de faire émerger des possibilités auxquelles le jeune ou son entourage n’auraient pas pensé.
C’est un véritable atout.
Un adolescent connaît rarement des centaines de métiers. Ses parents non plus. Nous raisonnons tous à partir de notre environnement, de notre expérience et des professions que nous connaissons.
Une IA peut aider à élargir rapidement le terrain d’exploration.
Elle peut, par exemple :
- faire découvrir des métiers peu connus ;
- rapprocher des centres d’intérêt de secteurs professionnels ;
- comparer des formations ;
- expliquer différents parcours d’études ;
- proposer de nouvelles pistes à explorer ;
- aider à préparer des questions avant de rencontrer un professionnel.
Utilisée ainsi, elle devient un formidable outil d’ouverture.
Mais un métier ne se choisit pas avec un algorithme
C’est probablement là que se situe la limite essentielle.
Une intelligence artificielle peut traiter des informations. Elle peut rechercher des correspondances, faire des rapprochements ou formuler des hypothèses.
Mais une orientation ne se résume pas à une équation entre des résultats scolaires, quelques centres d’intérêt et une liste de métiers.
Un jeune peut aimer une matière mais ne pas souhaiter en faire son quotidien professionnel.
Il peut être très bon dans un domaine sans avoir envie d’y travailler.
Il peut également découvrir, au fil des échanges, qu’un métier qui semblait idéal sur le papier ne correspond finalement ni à son fonctionnement, ni à ses valeurs, ni à l’environnement professionnel dans lequel il souhaite évoluer.
Et surtout, à 14, 16 ou 18 ans, on ne dispose pas toujours des mots pour expliquer ce que l’on recherche.
C’est précisément là que l’échange humain conserve toute sa valeur.
L’accompagnement humain sert aussi à faire émerger ce qui n’était pas formulé
Un bilan d’orientation ne consiste donc pas simplement à demander à un outil de produire une liste de métiers.
Le travail intéressant commence souvent après.
Pourquoi cette idée attire-t-elle particulièrement le jeune ?
Pourquoi une autre, pourtant très cohérente avec son profil, ne provoque-t-elle aucune envie ?
Qu’est-ce qui compte réellement pour lui : créer, comprendre, aider, décider, travailler en équipe, être autonome, bouger, avoir un cadre sécurisant, entreprendre ?
Il faut parfois plusieurs échanges pour faire apparaître ces éléments.
Au QG, l’IA peut donc être utilisée comme un outil d’exploration supplémentaire, mais elle ne remplace ni le dialogue, ni le questionnement, ni la confrontation progressive des idées à la réalité des métiers et des formations.
C’est d’ailleurs également la direction retenue dans le rapport du ministère : l’intelligence artificielle y est envisagée comme une aide à l’orientation en complément de l’accompagnement humain, et non comme son substitut.
Apprendre à vérifier devient une compétence à part entière
Il existe une deuxième limite importante : une intelligence artificielle peut se tromper.
Elle peut proposer une formation qui n’existe plus, présenter imparfaitement un métier ou produire une réponse très convaincante… mais fausse.
C’est pourquoi le ministère de l’Éducation nationale recommande explicitement de vérifier les informations produites par les IA et de développer l’esprit critique des élèves.
Même principe pour un adulte dans son activité professionnelle.
L’IA peut préparer une analyse, mais il faut être capable de la contrôler.
Elle peut rédiger un document, mais il faut pouvoir en évaluer la pertinence.
Elle peut proposer une stratégie, mais elle ne connaît pas nécessairement toute la réalité de l’entreprise.
Plus l’outil devient performant, plus notre capacité à questionner ses réponses devient importante.
Et les données personnelles ?
La question mérite une attention particulière lorsque l’on parle d’orientation.
Pour obtenir une réponse très personnalisée, il peut être tentant de transmettre énormément d’informations à une IA : résultats scolaires, difficultés, personnalité, situation familiale, parfois même des éléments beaucoup plus personnels.
La CNIL et le ministère de l’Éducation nationale appellent précisément à la prudence sur ce point.
Toutes les informations concernant un jeune n’ont pas vocation à être envoyées dans un outil d’IA grand public.
C’est une règle simple à retenir, pour les adolescents comme pour les professionnels : avant de transmettre une donnée à une intelligence artificielle, il faut se demander si elle pourrait sans problème devenir publique.
Si la réponse est non, mieux vaut s’abstenir.
Finalement, le sujet n’est peut-être pas l’IA mais notre manière de l’utiliser
L’arrivée de l’intelligence artificielle ne supprime pas le besoin d’apprendre, de réfléchir ou d’échanger.
Elle nous oblige plutôt à préciser ce que nous attendons de l’humain.
Curiosité, esprit critique, capacité à poser de bonnes questions, compréhension de soi, créativité, discernement, capacité à confronter plusieurs points de vue : ces compétences deviennent probablement encore plus importantes lorsque l’on dispose d’un outil capable de produire une réponse en quelques secondes.
Et cela concerne aussi bien un lycéen qui réfléchit à son avenir qu’un entrepreneur installé devant son ordinateur.
Un sujet qui a toute sa place dans un tiers-lieu
Le rapport consacré à l’IA et à l’enseignement supérieur va d’ailleurs un peu plus loin : parmi ses recommandations figure le développement de tiers-lieux permettant aux citoyens de se former, d’expérimenter et de mieux comprendre les usages de l’intelligence artificielle, en lien avec les acteurs locaux.
Cette proposition résonne forcément avec ce que nous cherchons à faire au QG Blanquefort.
Un tiers-lieu n’est pas seulement un endroit dans lequel on vient travailler.
C’est aussi un espace où des professionnels, des jeunes, des parents et des acteurs du territoire peuvent se rencontrer, partager leurs pratiques, confronter leurs expériences et apprendre les uns des autres.
Sur l’intelligence artificielle comme sur l’orientation, cette possibilité de sortir de son écran pour échanger avec d’autres reste probablement l’une des meilleures façons d’avancer.
Pour aller plus loin
Le QG Blanquefort accompagne notamment les collégiens, lycéens et étudiants dans leurs réflexions d’orientation et accueille au quotidien des entrepreneurs, indépendants et salariés en coworking.
Deux publics différents, mais finalement confrontés à une même question face à l’intelligence artificielle :
comment profiter de ce qu’elle fait très bien, sans lui abandonner ce que nous devons continuer à décider nous-mêmes ?
Sources
- Ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, IA et Enseignement supérieur : formation, structuration et appropriation par la société, juin 2025.
- Ministère de l’Éducation nationale, Cadre d’usage de l’IA en éducation, juin 2025.
- IGÉSR, L’intelligence artificielle dans les établissements scolaires, mai 2025.
- CNIL, recommandations sur l’utilisation des systèmes d’IA dans les établissements scolaires, juin 2025.
- UNESCO, Orientations pour l’intelligence artificielle générative dans l’éducation et la recherche, 2023.
- UNESCO, Référentiel de compétences en IA pour les apprenants, 2024.
- EDUSCOL, Les intelligences artificielles et leurs usages en éducation, 2026.